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Voyage de rêve


Nous sommes en février, la neige tombe doucement tout autour de nous. Je suis assise à l’arrière de la voiture et j’admire le paysage qui devient toujours plus blanc, presque apaisant. J'aime cette couleur, même si ce n'en est pas une !
L’animateur radio émet quelques recommandations, concernant l’état des routes, avant de nous envoyer une douce mélodie, lui rappelant ses jeunes années. Je me laisse bercer au gré de cette mélodie, tout en laissant mon esprit vagabonder.
Ma mère me parle. Elle me fait ses dernières recommandations. Je me redresse, m’approche d’elle pour lui glisser un petit baiser dans le cou et lui rappeler à mon tour que je ne suis plus un bébé.
La gare se dessine au loin et avec, une vingtaine d’étudiants, tous pressés de partir loin des parents pour cette petite semaine de magie. Les profs aussi sont là, pour nous accueillir, près à nous surveiller, mais également près à faire la fête avec nous !
Dans le haut-parleur, une voie trop criarde, presque grinçante nous indique que notre train entre en gare. Un dernier baiser envoyé par le souffle de notre imagination pour le cœur de mes parents et me voilà partie direction… l’Italie.
L’Italie, un vieux rêve, presque une illusion, surtout à pareille époque.
Mon grand-père est né dans ce pays et il m’en a tant appris, que je ne peux que l’aimer. Tant de souvenirs rien que pour lui. J’ai envie d’en avoir aussi, de me créer les miens.
Alors ce voyage d’étude fut une aubaine pour moi. Il est vrai que j’ai travaillé durant deux étés pour pouvoir accompagner toute ma classe. Tout comme mes parents se sont privés ses deux derniers mois pour pouvoir me donner un peu d’argent de poche. La vie est dure à la maison, entre les petits travaux de conciergerie faits ici et là par mon père et les heures de ménages de ma mère, les fins de mois sont toujours très serrées et pourtant ils ne m’ont jamais reproché d’avoir choisi un métier qui coûte plus qu’il ne rapporte, pour l’instant en tous les cas. Ils savent que c’est mon rêve et que je ferai de mon mieux pour y parvenir. Et comme disait mon grand-père : « Un rêve, cela n’a pas de prix. »

Encore une année à vivre près d’eux, une année de sacrifice et ensuite, ils pourront à nouveau s’offrir le restaurant pour leur anniversaire de mariage, et peut-être même partir quelques jours se reposer. Avec mes stages, je pourrai subvenir à mes propres besoins et plus dépendre d’eux. Mais avant… il y a l’Italie !
Le voyage restera inoubliable. Tout comme ses souvenirs que l’on aime graver en nous, à l’instant même où ils se vivent. Les filles se montrant une à une leurs tenues, leurs maquillages, leurs bijoux. Pendant que dans leurs coins, les trois garçons de la classe nous épient, ricanant de nos petites coquetteries.
Après plusieurs heures, quelques changements de trains, de petites visites ici et là de monuments à ne pas manquer, nous voilà enfin arrivés près de notre gîte. Une auberge très familiale, avec une vraie « mama » comme dans les films, et une superbe odeur de sauce tomate, d’origan et de… je ne saurai quoi. Juste une délicieuse odeur, pleine de parfums qui nous met directement en appétit.
Les trois premiers jours se déroulent sur un rythme infernal. Mais pour une fois qu’un tel voyage nous est proposé, nous avons bien l’intention de tout voir, de tout faire, ou presque. Réveil à l’aube, repos en fin de nuit, la fatigue commence à s’accumuler, mais ne se fait sentir. Trop heureux de vivre quelques jours au cœur de cette ville mythique.
Le palais de Dodge, le grand canal, le pont des soupirs, la piazzetta, Santa Maria della Salute, San Giorgio Maggiore, la Basilique San Marco, sont visités sans retenu, avec des sourires et une humeur joyeuse. Jusqu’au dimanche matin.
Ce jour, si attendu doit être parfait. Nous revêtons nos habits conçus pour l’occasion, mes amies embarquent leurs appareils photo, moi je me contente d’un bloc-notes et de plusieurs crayons. Après une nuit agitée de rêves tous plus merveilleux les uns que les autres, un bon petit déjeuner, nous voilà parti pour la place Saint Marc et pour assister au « vol de l’ange ». Une silhouette d’une blancheur incroyable se dessine en haut de la tour. Heureusement nous sommes arrivés tôt et j’ai largement le temps de faire quelques esquisses de la place et de la tour. Midi sonne et l’ange entreprend sa descente. Tel un oiseau, il semble se déplacer sans peine, sans à-coup, rien n’entrave la magie de moment. Mes camarades lancent de temps à autre, quelques remarques, pendant que je ne peux retirer mes yeux de cette perfection. Le silence m’envahit et le sourire accompagne les étoiles dans mes yeux. J’en ai rêvé de cette scène, je l’ai lue des dizaines de fois, mais rien ne peut retransmettre l’émotion que je ressens en ce moment ! Je ne veux rien manquer. Je veux m’imprégner de cette tenue, je veux la garder en mémoire toute ma vie. Un aura semble virevoltées tout autour, la blancheur des plumes, leurs éclats, tout est splendide. Même le temps nous accompagne pour nous créer des souvenirs sans taches. Le soleil rayonne et nous renvoie ses milliers de lueurs.
L’après-midi, la parade se poursuit et là ce n’est qu’enchantement et pur bonheur. Le long du grand canal ou sur la grande place touristique, les costumes se dévoilent et la magie opère. J’ose m’approcher de certain groupe pour ne serait-ce que toucher les tissus, remarquer les coutures toutes en finesses, l’élégance des superpositions de tissus, le volume qu’ils en obtiennent, la tenue de certains, la souplesse des autres. Certains trop chics, presque trop « stratifiés », d’autre très simple et tout aussi prenant, pour le regard.
Après tant de bonheur la dure réalité de notre retour au pays nous rend simplement nostalgique. Ses quelques jours passés au carnaval de Venise me laisse espérer qu’un jour prochain pouvoir y revenir pour y vivre ne serait-ce que le bal costumé de clôture. Après 10 jours de défilés, de maquillages tout aussi différents les uns des autres, une délicieuse soirée, à en croire les habitants de cette ville de légende.
Pouvoir revêtir une de mes propres créations, peut-être l’an prochain qui sait ! Puisque le thème imposé pour les travaux pratique de mon diplôme ne sera pas la fameuse robe de mariée, mais bien un costume pour une telle soirée, avec une capeline, un chapeau ou un masque, que se soit un loup ou un simple grimage, le tout pour moi est de revenir rien qu’une fois pour être au cœur de la fête, et non plus simplement spectatrice.

 

écrit par Cédrine Samk le 28 août 2005