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La grotte (Cédrine
Samk) Thème 4 (Juillet/aout 2005) - Obscurité
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La grotte
Une porte vitrée s'ouvre doucement, j'avance en tendant
mon billet d'un beau rouge vif tout en saluant une jeune personne qui me souhaite
la bienvenue en souriant. Un couloir encore plein de lumière nous emmène
vers une pièce suffisamment grande pour respecter un large espace entre
nous tous. Combien sommes-nous ? Trente, peut-être plus.
Une grenouille semble vouloir nous accueillir en ses lieux
qu'elle seule doit parfaitement connaître. Je m’en approche sous
les chuchotements de mon fils aîné qui désire partager
ce moment avec moi, lorsqu’une voix se fait entendre :
« Veuillez, s'il vous plaît, vous rapprocher. Attention certaines
marches sont glissantes ! »
En file indienne, nous obéissons et à pas très lents,
nous nous dirigeons vers ce trou en forme de petite porte. Mon époux,
très grand, doit alors se baisser pour ne pas se cogner la tête.
Tout comme la plupart des autres hommes du groupe.
L’obscurité s’empare de nos yeux, elle ne laisse plus guère
de place à la lumière du jour. Les rochers nous entourent, certains
cassés, fendus, d’autres magnifiquement entretenus malgré
les années, les siècles qui passent. De petites lumières
sont placées à même le sol près des marches pour
nous permettre de ne pas basculer dans le trou, ou simplement sur son plus
proche voisin ! La pierre est à présent partout. Au dessus de
nos têtes, proche de nos épaules, sous nos pieds, partout où
l’on pose nos yeux, ils ne voient qu’elle. Par endroits noire
et sèche, à d’autres plus claire et légèrement
humide.
Beaucoup de personnes semblent ébahies par la vue qui s’offre
à eux, pendant que moi derrière, portant le plus petit de mes
enfants ne distingue encore rien, si ce n’est le dos de la veste beige
de la personne qui me précède. Le noir doit impressionner mon
fils. Il se cramponne à mon cou comme rarement. À moins que
cela ne soit le vide qui s’offre à nous ? Aurait-il légèrement
le vertige ?
Le petit chemin s’agrandit pour que chaque personne puisse enfin admirer
la vue imprenable que cette grotte nous offre. Les douces lumières
posées ici et là nous permettent d’admirer de très
belles stalactites et d’immenses stalagmites. Certaines ont de drôles
de formes. Les premiers à les découvrir, il y a plus d’un
siècle maintenant, leur donnèrent des noms plutôt rigolos.
« La belle-mère et la belle-fille » représentent
deux stalagmites en forme de corps se tournant le dos, une autre porte le
nom de château, ce qui lui ressemble étrangement, il est vrai.
Un troisième, de lustre. Le plus parlant pour mes enfants en tous les
cas, fut le « visage ». On distingue parfaitement la chevelure,
les yeux, le nez et la bouche d’un profil.
Cette visite dans l’ombre et le froid nous enseigna beaucoup de petites
choses que nous ignorions. Comme la formation de ses belles colonnes faites
que de calcaire et d’eau. Que les stalagmites sont celles qui se dressent
du sol au plafond, que les stalactites celles qui en descendent, qu’il
leur faut 130 ans pour s’agrandir d’un centimètre, qu’une
fois le plafond atteint, elles poursuivent leur croissance, non plus en hauteur,
mais en largeur, en épaisseur, en grosseur. La plus grosse de cette
grotte se trouve d’ailleurs pendant de très longues minutes sous
nos yeux. Elle brille sous les reflets de la petite lampe posée là
rien que pour elle. On nous apprit qu’elle « vit » encore.
En effet, tant que l’eau et la roche continuent de s’égoutter
sur elle, on dit d’elle qu’est est en vie, alors que d’autres
sont mortes à l’instant où les centimètres de terres,
d’eau et de roches au-dessus d’elles ne l’alimentent plus
en humidité. On nous apprit également que la mousse verte que
l’on peut voir ici et là n’est pas naturelle. Elle s’est
créée au fil des années à force d’être
dans un endroit humide et éclairé, chauffé en quelque
sorte par les lampes posées pour le bien-être du public. Mais
aussi qu’au plus bas de la grotte, nous nous trouvons 100 mètres
sous terre et que pour y parvenir, nous avons franchi plus de 600 marches.
Le tout pour un dépaysement le plus total.
La grotte de Réclère, dans le Jura suisse m’a inspiré
cette notion d’obscurité. Et m’enivra de tant de beauté
souterraine. A quand la prochaine visite ?
Site où ce texte est présent : Imaginair