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Mais où es-tu ?
Chapitre 1
24 Décembre 1985
La nuit prend gentiment la place du jour. Le ciel très nuageux n’a
que peu éclairé cette veille de Noël. Les rues sentent
l’effervescence des derniers achats avant le réveillon. Les dernières
victuailles, mais aussi les derniers cadeaux, ceux acheter à la dernière
minute pour ceux que l’on avait oublié, ceux que l’on ne
pensait pas revoir. Les lumières peu à peu éclairent
les vitrines, puis bientôt les rues. Il est à peine 16 heures
que déjà le jour se fait sombre. La lune même si elle
avait été visible, n’arriverait pas à se frayer
un chemin pour envoyer sa lueur. La nuit se fait plus longue peut-être
pour que l’on profite de ces heures de bonheur avant de découvrir
au petit matin les cadeaux déposés au pied du sapin, par la
magie de Noël.
Les personnes se bousculent,
marchent vite, têtes baissées, s’adressent à peine
un bonjour ou un joyeux noël. Tous se pressent pour rejoindre leur foyer,
pour accueillir leurs enfants, leurs amis, leurs parents. Tous ? Non.
Une jeune fille déambule doucement à travers les rues de cette
petite ville du nord de la France. Elle est habillée chaudement, mais
sans aucune élégance. Un bonnet de laine, une écharpe
d’une couleur passée, un long manteau, trop grand pour elle qui
laisse à peine deviner un jean délavé, troué qu’elle
met chaque jour.
...
Le froid commence à
lui geler les mains. Elle tient tout contre elle, à l’abri du
vent et des regards, peut-être le plus beau des cadeaux. Peut-être
le tient-elle si proche, uniquement pour en ressentir la chaleur, pour ne
serait-ce qu’un instant avoir moins froid.
Une couverture avec un bébé emmitouflé. Son bébé
! Sa fille ! Elle ne pouvait la garder, elle ne voulait la garder. Ses copines
du squat, comme son copain la trouvait mignonne à croquer, mais elle…
Elle lui rappelle trop son premier amour. Celui pour qui elle a tout quitté,
tout abandonné. Celui qui n’a fait que jouer avec elle. Celui
qui ne lui avait fait que lui mentir !
Un peu comme l’enfant d’un viol. On n’en veut pas. On ne
peut l’aimer, c’est contre nature. Et pourtant même si elle
n’avait pas vraiment cherché à être enceinte, elle
avait été réellement amoureuse du père. Mais sa
fierté, encore elle…
Elle prenait l’excuse de sa vie pour ne pas pouvoir s’en occuper,
mais finalement elle était heureuse de s’en débarrasser.
Elle était tout simplement trop jeune pour voir en ce petit être
la force de s’en sortir.
Elle entra dans la petite église. Tout était calme, les cierges brûlaient lentement et la crèche avec le petit Jésus attendait les chrétiens pour leurs prières. Dans à peine quelques heures, sera célébrée une messe, quelqu’un prendra soin d’elle. L’emmènera chez lui, ou la déposera dans un orphelinat. Cela ne serait plus son problème. Elle avait emmené sa fille dans la maison de Dieu. A lui maintenant de lui trouver une famille qui s’occupera d’elle, qui l’aimera !
L’église est déserte, elle regarde de chaque côté, puis s’avance vers la crèche. Elle déplace quelque peu la poupée à l’image de Jésus pour coucher sa fille dans le berceau fait de bois et de paille. À l’intérieur, il fait bon. Elle ouvre légèrement la couverture et lui lance un dernier regard. Puis sans même se retourner, presque en courrant, elle sort retrouver le froid, le vent, sa vie décadente !
...
A l’autre bout de
la ville, presque à sa sortie, se trouve un jeune homme tenant dans
sa main un panier en osier. Il marche vite, se retournant à chaque
fois qu’il croise quelqu’un, comme pris en faute. Comme un voleur
s’assurant que personne ne remarque son magot. Que personne ne remarque
sa fuite !
Encore deux rues à traversées et enfin il sera à l’orphelinat.
Cette grande bâtisse blanche aux volets bleus.
La fraîcheur de l’hiver réveille peu à peu le bébé,
mais le bercement dû à la marche, le rendort à moitié.
« Pourvu qu’il ne se réveille qu’après mon
départ » répète-il sans cesse, à mi voie.
Une dizaine de marches séparent le portail de l’entrée
de l’orphelinat. Il les monte quatre à quatre, dépose
le panier, entrouvre quelque peu la couverture et vérifie qu’il
dort bien. Les yeux sont fermés, il respire si calment qu’il
pose sa main sur son torse pour vérifier que le cœur bat toujours.
«Tu commences mal ta vie, petit homme, mais ici au moins tu auras à
manger et un toit, peut-être même qu’un jour une famille
d’adoptera. Je te souhaite bonne chance »
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